Anri Sala, Jean-Luc Moulène, Claude Cahun - Deichtorhallen (Hambourg) 2026

Anri Sala, Untitled (Golf), 2006 Copyright: © Anri Sala, VG Bild-Kunst, Bonn 2025 Deichtorhallen Hamburg / Sammlung Falckenberg

© Egbert Haneke

Exposition

Anri Sala, Jean-Luc Moulène, Claude Cahun - Deichtorhallen (Hambourg) 2026

Soufiane Ababri, Vito Acconci, Halil Altındere, Roy Arden, Maja Bajević, John Baldessari, Lewis
Baltz, Jerry Berndt, John Bock, Christian Boltanski, Olaf Breuning, Thorsten Brinkmann, Chris
Burden, Victor Burgin, Camille Orso Caël, Claude Cahun, Mircea Cantor, Claire Chevrier, Larry Clark,
Allana Clarke, Michael Clegg & Martin Guttmann, Robin Collyer, Jordi Colomer, Sue de Beer,
Jeremy Deller, Philip-Lorca diCorcia, Willie Doherty, William Eggleston, Erró, Gilbert & George,
Walker Evans, Valie Export, Christelle Familiari, Hans-Peter Feldmann, Fischli & Weiss, Lee
Friedlander, David Goldblatt, Nan Goldin, Hans Haacke, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige,
Clarisse Hahn, Raymond Hains, Dennis Hopper, Peter Hujar, Philippe Jacq, Mike Kelley, Jürgen
Klauke, Astrid Klein, Karen Knorr, Arthur Koepcke, Jiří Kovanda, Ange Leccia, Sharon Lockhart, Urs
Lüthi, Carlos Martiel, Paul McCarthy, Jean-Luc Moulène, Kristin Oppenheimer, Daniela Ortiz, Adrian
Paci, Gina Pane, Pierre et Gilles, Peter Piller, Bernard Plossu, Sigmar Polke, Richard Prince, Walid
Raad, Gerhard Richter, Sophie Ristelhueber, Martha Rosler, Anri Sala, Santiago Sierra, Andrea

Dates

06.06 – 13.09.2026

Lieu

Deichtorhallen, Hambourg

Inner Mornings, or Forms of Counterculture

Inspirée par la vie et l’œuvre exceptionnellement courageuses de la photographe et autrice surréaliste Claude Cahun (1894–1954), l’exposition INNER MORNINGS, OR FORMS OF COUNTERCULTURE explore la manière dont l’évolution de l’art contemporain permet également de raconter une histoire de la contre-culture. À travers le dialogue entre trois collections majeures — celles du FRAC des Pays de la Loire, du Musée d’arts de Nantes et de la Collection Falckenberg — se dessine une vision plurielle de l’art comme pratique de résistance, comme possibilité d’interroger les réalités sociales et d’ouvrir de nouvelles perspectives.

Le titre de l’exposition fait référence au poème The Inward Morning de l’écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau (1817–1862), figure précurseure de la désobéissance civile, dont les idées ont profondément influencé les mouvements de contre-culture américains des années 1960 et 1970. Cette réflexion est enrichie par une pensée critique française interrogeant les structures de pouvoir sociales, notamment à travers Michel Foucault et Félix Guattari. Dans le contexte de l’exposition, la notion de contre-culture est ainsi envisagée comme active, discursive et transformatrice.

L’exposition réunit environ 170 œuvres principalement photographiques, mais aussi des vidéos et installations, réalisées par plus de 80 artistes, de Halil Altındere, Maja Bajević et John Baldessari à Sophie Ristelhueber, Martha Rosler et Wolfgang Tillmans. Les œuvres sont présentées selon quatre chapitres thématiques qui décrivent différentes stratégies artistiques de la contre-culture.

La nécessité de perspectives et de voix multiples

Cette section présente des œuvres qui remettent en question les récits historiques univoques — qu’il s’agisse d’une approche pluraliste autorisant différentes lectures, comme dans les photomontages de Martha Rosler, ou de la mise en avant de contre-perspectives, comme dans les vidéos d’Anri Sala ou les interventions photographiques de Sophie Ristelhueber.

Voir, montrer, réinterpréter, dénoncer

Une autre stratégie consiste à représenter une chose, une personne ou une situation de telle sorte que la critique s’exprime directement à travers cette représentation. C’est notamment le cas de nombreux artistes comme Lewis Baltz, qui critique les réalités architecturales contemporaines ou les archives à travers leur représentation objective. Hans-Peter Feldmann utilise quant à lui le principe de l’accumulation pour rendre visibles la mécanisation et la réification de l’être humain, tandis qu’Robin Collyer met en scène, dans ses photographies altérées dont il a retiré tous les éléments textuels de l’espace public, un état figé et normatif.

Réécrire l’histoire

De nombreux artistes élaborent également des formes alternatives de récit historique — des narrations parallèles à l’histoire dominante, qui échappent aux déterminations politiques et se concentrent sur des mémoires occultées. Ainsi, des artistes comme Walid Raad ou Jeremy Deller recourent à la fiction pour combler les lacunes d’une mémoire collective fragmentée. D’autres encore, tels qu’Dennis Hopper ou Andrea Stappert, ont su préserver, à travers leurs portraits d’artistes, des souvenirs restés dans l’ombre, créant ainsi des images devenues iconiques.

L’absurde comme arme : choquer, éveiller, perturber et déplacer les limites

Une autre stratégie artistique consiste à produire des œuvres qui perturbent le regard afin de révéler ce qu’il y a d’insoutenable, d’incohérent ou de vide de sens dans les réalités sociales. Certain·e·s choisissent la provocation, comme Valie Export ou Paul McCarthy, tandis que pour d’autres, comme Olaf Breuning, l’absurde devient une forme artistique en soi. Toutes ces œuvres sont pensées comme des actions susceptibles de déclencher une forme de révolution.

La vie et l’œuvre de Claude Cahun constituent un point de référence central de l’exposition. Son travail — à la fois poétique et politique, ludique et subversif dès ses débuts — fut mobilisé de manière directe dans la résistance antifasciste à partir de 1940. Avec sa partenaire de vie et de création Marcel Moore, elle avait fui les nazis pour l’île de Jersey en 1937. Lorsque l’île anglo-normande fut à son tour occupée par la Wehrmacht allemande, les deux artistes commencèrent à mener des actions de résistance sous le nom de « Soldat sans nom ». Arrêtées en 1944, elles furent condamnées à mort. La sentence ne fut finalement pas exécutée, mais Claude Cahun mourut en 1954 des suites de son emprisonnement.

Communiqué de presse